Broken saint

De Les Archives Infinies
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Par Gilian

Avant-propos

Trois ans après la sortie de Whispers — nous sommes alors en 2020 — et après trois nouvelles racontant la chute et la rédemption de Sœur Adamanthea, Alec Worley livre la conclusion de cette série avec un audio-drama en trois épisodes. La Black Library aime d’ailleurs bien sortir ses audio-dramas en trois parties avant de les revendre ensuite en un seul volume.
Nous allons voir ce qu’il va nous réserver.

L’histoire du livre

Sœur Adamanthea voit sa foi mise à rude épreuve lorsqu’une conspiration millénaire menace d’innombrables vies sur la planète Concordia.
Elle doit contrecarrer les plans des agents du Chaos, qui cherchent à détruire ce monde-sanctuaire. Mais qui sont ces mystérieux hérétiques ? À qui doivent-ils allégeance ? Adamanthea deviendra-t-elle une légende parmi les Sororitas ? Ou sa foi n’est-elle qu’un voile de mensonges ?

L’histoire avec un grand H

J’ai toujours un peu de mal à résumer les audio-dramas, donc je vais peut-être oublier ou manquer des choses marquantes sans le savoir. Désolé d’avance.

Mise en contexte
L’histoire se déroule sur Concordia, un monde-sanctuaire dominé par un immense temple-jardin. Autour de ce lieu saint vivent les peuples des Huit Provinces, qui vénèrent tous l’Empereur de l’Humanité, mais selon des traditions rivales. Ces divisions religieuses ont provoqué de nombreuses guerres, et la planète est en permanence à la limite de la guerre civile.
Pour ramener la paix, les autorités ecclésiastiques organisent le Rassemblement des Huit, une cérémonie exceptionnelle destinée à unir les pèlerins des huit provinces. La figure centrale de cette cérémonie est Sœur Adamanthea, une Sœur de Bataille autrefois déchue qui a réussi à se racheter aux yeux de l’Empereur. Pour les fidèles, elle est devenue un miracle vivant, la preuve que l’Empereur peut accorder sa grâce même à ceux qui ont failli.

Première partie : le miracle vivant et le piège de Concordia
Sœur Adamanthea a été envoyée sur Concordia pour y répandre la bonne parole, mais alors que l’heure du discours approche, elle se retrouve à prier et même à supplier l’Empereur de lui indiquer la marche à suivre. Elle ne se sent pas digne d’être montrée en exemple. Elle est tourmentée, se demandant si l’Empereur ne continue pas à la punir en l’ayant sauvée et ramenée auprès de ses sœurs. Elle en vient même à douter de la divinité impériale.
Mais elle n’a pas le temps de s’apitoyer sur son sort. Edmund Sark vient la chercher pour participer au Rassemblement des Huit, une grande cérémonie censée apaiser les tensions entre les Huit Provinces. Celles-ci sont au bord de la guerre civile religieuse : chacune prétend servir l’Empereur, mais accuse les autres d’hérésie. Les autorités espèrent qu’Adamanthea, grâce à son statut de miraculée, pourra prononcer une bénédiction acceptée par tous.
Elle est conduite au sommet du gigantesque temple de Concordia, la scène étant retransmise par un immense système holographique appelé le Halo. Elle comprend que des millions de fidèles vont voir chacun de ses gestes. Cette pression renforce son malaise, car elle sait qu’elle est utilisée comme symbole politique et religieux.
Pendant la procession, elle remarque un chant étrange chez certains pèlerins appartenant au Culte de l’Artifice. Leur référence au « Rex Ossium », le « Roi des Os », l’inquiète. Elle engage la discussion avec un pèlerin, qui lui dit que le culte a toujours existé sur Concordia, qu’il a participé à l’édification des temples et qu’ils sont partout dans les Huit Provinces. Malgré les assurances de ses gardes, elle ordonne leur arrestation, soupçonnant une hérésie cachée.
Au sommet, elle rencontre le Pontifex Niclau Van Castrum, qui attend d’elle qu’elle lise un sermon préparé à l’avance. Ce texte ferait d’elle la preuve vivante de la grâce de l’Empereur et servirait à unir les provinces. Mais Adamanthea refuse finalement de mentir : elle ne peut pas proclamer une certitude religieuse qu’elle ne possède pas.
C’est alors que la cérémonie tourne au désastre. Des explosions détruisent la grande statue de l’Empereur, provoquant l’effondrement de débris sur la foule et semant la panique.
Les charges ont été placées dans la statue dès la construction du temple, ce qui signifie que le piège a été préparé depuis des siècles.
Le Culte de l’Artifice révèle alors sa vraie nature au cri d’« Hydra Dominatus ».
S’ils ont vraiment participé à la construction des temples, alors ce sont eux qui ont caché les explosifs, et l’Alpha Legion a attendu des milliers d’années le bon moment pour briser la foi impériale.

Deuxième partie : la profanation du temple
Le Culte de l’Artifice passe à l’attaque. Ses membres surgissent au milieu de la foule, prennent les armes et s’en prennent aux Sœurs de Bataille ainsi qu’aux pèlerins. L’assaut est parfaitement préparé : les communications sont bloquées, les systèmes de sécurité sont compromis et le vaisseau en orbite ne peut plus être contacté.
Les saboteurs ne cherchent pas seulement à provoquer un massacre. Ils veulent détruire spirituellement Concordia. Les eaux sacrées deviennent rouges, les jardins meurent, et le visage mutilé de l’Empereur continue d’être diffusé par le Halo dans toutes les Huit Provinces. Le but est de faire croire aux populations que leur lieu le plus saint a été profané et qu’elles sont abandonnées par l’Empereur.
Adamanthea survit à l’effondrement de la statue et sauve Sark des décombres. Pour Sark, cette survie renforce encore son image de miracle vivant, mais Adamanthea n’y voit aucune gloire : elle est surtout remplie de colère. Apprenant que les Sœurs sont encerclées sur la place Saint-Jonas, elle refuse d’évacuer les dignitaires religieux et choisit d’aller secourir les combattantes ainsi que les pèlerins ordinaires.
Elle arrive au moment où Sœur Iris et ses compagnes sont sur le point d’être submergées. Armée de son Éviscérator, Adamanthea se jette dans la mêlée et massacre les cultistes. Son retour au combat, alors qu’on la croyait morte, apparaît aux yeux des Sœurs comme une véritable intervention divine. Le Pontifex Van Castrum combat lui aussi à ses côtés.
Mais Adamanthea comprend que la bataille ne sera pas gagnée tant que le Halo continuera de diffuser l’image profanée de l’Empereur. Elle décide donc de rejoindre la galerie de contrôle pour couper la retransmission. Le trajet devient très dangereux : les senseurs sont brouillés, des Sœurs disparaissent dans les couloirs, et il devient clair que des guerriers de l’Alpha Legion traquent les survivantes.
Sur un toit du temple, Van Castrum pousse Adamanthea à parler de son refus de lire le sermon et comprend qu’elle a refusé parce qu’elle ne croyait pas réellement aux paroles qu’on lui avait imposées. Elle finit par avouer ses doutes : elle doute de sa mission, de sa foi, de sa valeur et du sens de sa survie.
Van Castrum révèle alors que cette confession était précisément ce qu’il cherchait. Son objectif n’était pas seulement de détruire Concordia, mais de briser Adamanthea elle-même. Si la « sainte vivante » tombait publiquement dans le doute et le désespoir, l’effet sur les fidèles serait encore plus destructeur que l’attentat contre le temple.
Il lui injecte ensuite un poison dans le cou, la paralysant. Adamanthea comprend que la conspiration ne se limitait pas aux pèlerins, aux ouvriers ou aux agents infiltrés : elle atteignait aussi le sommet de la hiérarchie religieuse. Le Pontifex est en réalité un traître.

Troisième partie : la sainte brisée
Van Castrum n’est pas seulement un traître, il est le chef de la conspiration. Son but n’est pas seulement de massacrer les fidèles ou de détruire Concordia, mais de provoquer un effondrement spirituel dans toutes les Huit Provinces. En détruisant le temple, en humiliant Adamanthea et en diffusant le désastre par le Halo, il espère transformer la foi des habitants en désespoir, en haine et en chaos.
Cependant, son plan ne fonctionne pas aussi bien que prévu. Les Sœurs continuent de se battre avec courage, et les révélations de la confession d’Adamanthea, diffusées en boucle, semblent galvaniser les pèlerins, qui n’y voient qu’un nouveau mensonge du Chaos.
Van Castrum, quant à lui, continue à expliquer son plan à Adamanthea. Elle a été attirée à Concordia précisément pour être brisée publiquement. Sa réputation de « miracle vivant » devait devenir une arme contre les croyants : si elle doutait, échouait et tombait, alors tout le monde devait perdre la foi avec elle.
Les Sœurs de Bataille continuent à progresser vers le centre de commande du Halo et, bientôt, Van Castrum n’a plus d’autre choix que de se servir d’Adamanthea comme bouclier humain.
Malheureusement pour lui, il a trop attendu et le poison paralysant ne fait presque plus effet. Adamanthea parvient à se libérer, à le tuer, puis ordonne la destruction du Halo. Privés de chef, les hérétiques sont totalement désorganisés, et il ne reste plus aux loyalistes qu’à les traquer et à faire le ménage.
Adamanthea, quant à elle, comprend que son rôle n’est peut-être pas d’être parfaitement pure ou certaine, mais de continuer à agir pour ceux qui ont besoin d’elle. Elle ordonne aux survivants de suivre les Sœurs de Bataille, de résister aux hérétiques et de transmettre la vérité sur Concordia. Sa parole redonne un but aux fidèles et transforme la panique en volonté de lutte.
Après l’évacuation du temple, le Rassemblement des Huit est finalement accompli à bord d’un croiseur impérial. Adamanthea prononce enfin le sermon qu’elle n’avait pas réussi à lire au début, mais cette fois, elle ne parle plus comme une relique exhibée par l’Église : elle parle comme une survivante à d’autres survivants. Elle appelle les provinces à abandonner leurs rivalités et menace de traiter comme hérétiques ceux qui continueront à se battre entre eux.
Pendant ce discours, le croiseur impérial détruit le temple profané de Concordia. Adamanthea demande aux fidèles de regarder cette destruction non comme une victoire de l’ennemi, mais comme une purification accomplie au nom de l’Empereur. Le symbole corrompu est effacé par le feu, et les Huit Provinces trouvent enfin une forme d’unité dans ce traumatisme commun.

Ordre de lecture et autres

Ordre de parution et de lecture
2017 — Whispers
2018 — Repentia
2019 — Martyr’s End
2020 — Broken Saint

Ordre chronologique
Repentia
Martyr’s End
Whispers
Broken Saint

Conclusion

Alec Worley s’est surpassé avec cette histoire. On retrouve Adamanthea toujours en plein doute, mais elle arrive beaucoup mieux à le cacher. Petit à petit, son armure se brise et on la retrouve plus humaine et plus touchante.
Worley nous montre son héroïne combattant son penchant pour Niclau Van Castrum, le héros de l’Empereur, un homme charismatique qui sait soulever les foules et qui ne laisse pas Adamanthea indifférente, au point qu’elle va lui confier ses doutes.
On la voit aussi en bonne « camarade », en train de faire de l’humour avec Edmund Sark, qu’elle trouve insupportable mais qu’elle aime bien quand même.

Ses discussions théologiques avec Van Castrum vont lui faire prendre conscience des mensonges de la religion, mais aussi de sa nécessité. Elle comprend que l’Empereur est indifférent à ses souffrances ou aux supplices qu’on peut s’infliger en son nom. Du moment qu’on a foi en lui, le reste importe peu, surtout si l’on est prêt à sacrifier sa vie pour sa cause.
Elle se rend aussi compte que l’Imperium est un rouleau compresseur qui brise les gens, leur refuse le bonheur et les empêche de choisir et de penser par eux-mêmes. C’est cette dernière révélation qui la terrifie le plus : elle pourrait faire ses propres choix…
Elle finit par décider de cacher ses doutes pour soutenir une cause supérieure.
Et l’on se retrouve encore une fois avec le symbole de la Sœur de Bataille devenue une sainte et une héroïne dont la foi est inébranlable, sauf que nous, lecteurs, savons ce qui se cache sous les apparences…
J’ai vraiment bien aimé ce petit cycle d’Alec Worley et j’aurais aimé qu’il continue. D’ailleurs, dans l’interview qu’il a donnée à Track of Words pour la sortie de Broken Saint en 2020, il disait qu’il avait encore beaucoup d’idées pour la suite des aventures d’Adamanthea. Mais apparemment, la Black Library n’a pas donné suite, puisqu’il n’a plus écrit pour eux depuis quatre ans.